Quand une simple visite devient source d’inspiration et donne naissance à de nouveaux bijoux… Suis-moi dans cette balade au cœur du Petit Palais.
Aujourd’hui je t’emmène avec moi pour une visite inattendue et qui m’a touchée bien plus que je ne l’aurais imaginé.
Je l’ai fait un 17. Le 17 mai. Ce n’était pas vraiment prévu. Du moins, pas anticipé.
Le point de départ de cette journée c’est l’anniversaire d’une amie tatoueuse, Wynona, spécialiste ornementale à l’Encre du Kraken, Paris XIIe. A l’occasion de ses 31 ans, Ben et moi sommes invités à partager ce moment dans la soirée. Lui, tatoue toute la journée, et moi, je saisis l’occasion pour m’offrir l’exposition “Dessins de Bijoux” au Petit Palais.
Dessins de Bijoux
Exposition au Petit Palais
1er Avril 2025 – 20 juillet 2025
Un cadre époustouflant !
Le cadre est magnifique. Je n’y avais jamais mis les pieds !
Bien qu’ayant déjà pris mon billet, je ne résiste pas à faire le tour du propriétaire.
J’ignorais qu’il y avait une galerie d’art, accessible librement et gratuitement. Tableaux et sculptures s’harmonisent au-dessus de mosaïques qui habillent merveilleusement le sol et ont, en guise de ciel, un berceau de pierre artistiquement paré d’œuvres qui m’ont évoquées les voûtes de la chapelle Sixtine. J’avais le sentiment d’être plongée dans les livres d’histoire du lycée et du collège.
L’âme curieuse, j’ai réellement eu à cœur de fouiner dans tous les recoins du Petit Palais pour ne louper aucune œuvre, aucune curiosité. Quand soudain, je me prends en flagrant délit et me juge avec amour, en rigolant. Il y a un contraste. Un énorme contraste.
Je suis dans mes jolies jupons gothiques, pleins de dentelle, je me balade dans les musées de Paris. Chic ! Classe ! Jugez-moi michto ou bourgeoise, vous auriez raison, ça y ressemble (tiens-toi bien, je ne dis pas ça au hasard : il y a des contextes où on ose me le dire).
Et là, au dos de mon téléphone portable que je dégaine toutes les 2 min, que vois-je ? Un souvenir de mon dernier festival. Un sticker de la Chaudasse ! Les hydromels et de la Chaudasse, tu connais ? Oui… des collègues charmants retrouvés aux Campo Santo d’Orléans quelques semaines plus tôt.
Ça dénote complètement. Rien ne va et le sourire qui s’affiche actuellement sur ton visage en rajoute^^.
De cette anecdote aux nombreux méandres que j’ai réalisés dans les étages du Petit Palais, j’arrive presque aux portes de la désorientation lorsque, de la manière la plus hasardeuse qui soit, j’apparais devant l’entrée de mon exposition. Je m’aperçois ainsi que j’ai fait le tour du bâtiment
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Dessins de Bijoux : Mais pourquoi ?
C’est vrai que dans mon travail, je ne réalise pas systématiquement des dessins de mes idées ou de mes futures collections. Pour mes projets perso ou pour certaines de vos commandes capricieuses sur mesure, je fais parfois un “grabouillage [1]”. Il me permet de poser les idées. Cependant, il n’est pas à l’échelle, les proportions ne sont pas là. C’est vraiment histoire de se comprendre entre Capricieuses et Capricieux.
Là, je vais te parler d’œuvre d’art avant même la réalisation d’un splendide travail de joaillerie.
Le dessin peut donc être une étape à part dans la création d’un bijou. D’une idée naît un croquis, une première esquisse qui met en lumière les inspirations, les idées, les premières faisabilités et parfois, on arrive jusqu’à l’ultime étape du dessin de joaillerie, le Saint Graal artistique qui révèle définitivement la beauté, les matériaux et la taille réelle du futur bijou : le gouaché. Cette peinture réalisée à l’échelle de l’orfèvrerie à venir est une œuvre à elle seule. C’est d’ailleurs une discipline bien particulière que l’on distingue parmi les différents métiers de la bijouterie.
J’ai pris plein de photos, mais elles n’étaient pas de qualité. Tout était flou, mal éclairé, les lumières venaient altérer les clichés que je tentais de réaliser en vain. Une volonté je pense, au vu des visuels que je suis en mesure de prendre avec mes propres créations. Idée que je pense avoir validée à la sortie de l’évènement, je te raconte ça plus loin.
Cela dit, ce n’est pas plus mal, ça t’incitera à aller voir ces dingueries de tes propres yeux. Je te rappelle que tu as jusqu’au 20 juillet pour en profiter.
Détails & minutie
J’ai été particulièrement impressionnée, outre la qualité des esquisses et des gouachés, par le fait que ces dessins étaient réalisés à l’échelle 1. C’est-à-dire à la taille réelle des futurs bracelets, médaillons…
Certains élans de crayon de bagues ou de boucles d’oreille rentraient, littéralement, dans un timbre-poste en étant, par la même occasion, remplis de détails subtils et réalistes.
À tous ceux qui ont essuyé le reproche classique du “c’est quoi cette écriture en pattes de mouche”. A celles et ceux dont le prof d’art plastique a eu la délicatesse de signifier devant toute la classe et avec autant d’ironie que de délicatesse, que “la feuille canson A4 n’était pas assez grande au point qu’il eut fallu que tu fasses ton dessin aussi rikiki dans un coin de feuille.”
Croyez-moi sur parole, ce métier est fait pour vous !
La mise au net
Le gouaché : l’étape ultime avant la réalisation du bijou. Aussi appelé la mise au net : tu sais, ce moment où tu publies enfin quelque chose de concret sur le web, via les réseaux blabla…
Bon ok, hashtag anachronisme : mise au net^^
Bref, tu l’auras compris, le gouaché, c’est la réalisation papier, finale, du dessin du bijou. Il comprend toutes les idées, tous les placements et les matériaux définitifs. Comment est-ce possible ? Avoir autant d’informations en un seul dessin, à l’échelle en plus !
Rien de plus simple en réalité : cette étape est incroyablement codée. Une tradition ancestrale rigoureusement enseignée dans les écoles de joaillerie. Je te vulgarise deux grands point de ce langage des peintres qui fera le lien entre le monde de l’abstrait, de l’idée, et celui de la réalité où le bijou naîtra enfin des mains de l’orfèvre.
- Tu l’as compris, ce dessin est réalisé à la taille exacte du bijou final, il est effectué à l’échelle 1.
- La lumière l’illumine toujours le bijou en haut à gauche. Tu t’imagines la maîtrise qu’il faut avoir pour connaître la réfraction/répercussion de la lumière sur chaque type de matériaux, de métaux, de pierres, qu’elle soit facettée ou non…
C’est pour cette raison que j’esquisse un sourire à la pensée des “grabouillages” que je réalise parfois.
In Fine
Cette petite exposition touche doucement à sa faim. Plusieurs émotions m’envahissent. La frustration d’avoir réalisé des photos de mauvaises qualités est forte. J’éprouve aussi une forte reconnaissance et une grande gratitude envers moi-même de m’être enfin offert une sortie de moi à moi. Seule, dans mes pensées. Une vraie reconnexion intime que je suis heureuse de partager avec toi aujourd’hui.
Ainsi poussée par ce double élan, je légitime le fait de m’offrir le livre-book officiel de cet évènement. C’est délibérément de la mauvaise foi. Néansmoins, au vu de du premier ressenti évoqué plus haut, je rejoins enfin ma réflexion de début de post. Souviens-toi : Y avait-il une volonté de présenter les gouachés et les bijoux sous lumière si médiocre. Je pense que oui, pour insister les gens à prendre les goodies. Ça aura deux avantages en ce qui me concerne :
- Je me suis fait ce cadeau en pleine conscience et j’en suis ravie, encore un mois après.
- Ça t’invitera à découvrir cet évènement de tes propres yeux, et au plus vite : il se termine le 20 juillet !
Je craque pour un deuxième ouvrage, intitulé Le goût du Bijou. Sur sa couverture figure le portrait d’une femme du seizième siècle, Antea, parée de délicates boucles d’oreille d’or et de nacre. À chaque fois que j’ouvrais ce livre, son regard me captivait, tout comme ces boucles discrètes mais pleines de charme. C’est ainsi qu’est née l’envie, en hommage à cette visite et en souvenir de cette expo, de recréer le bijou d’Antea. Je les ai imaginées en acier inoxydable et en perles d’eau douce. Un petit projet capricieux inspiré par cette belle journée au Petit Palais.
En sortant, sur le chemin du retour qui longeait les quais de Seine, cette reconnaissance envers moi m’a impressionnée, subjuguée. Ça faisait si longtemps que je n’avais pas vraiment pris soin de moi. J’étais émue. Tellement que j’en ai eu envie de pleurer. Ces petits gestes de soi à soi sont de véritables investissements sur notre bienêtre et notre développement personnel !
Je suis donc rentrée, en forme, rechargée et nourrie, pour fêter les 31 ans de Wynona, à l’Encre du Kraken – Paris XII.
Merci pour ta lecture aventurier et aventurière. C’est à mon tour de te lire : dis-moi ce tu as ressenti. Est-ce que cet article a fait écho en toi et comment ?
[1] Oui, je sais qu’on dit gribouillage et que le langage, subitement, diffère vraiment du paragraphe précédent, mais ça fait son charme, hi 😅
